Laurent de Rauglaudre
J'ai reçu il y a quelques jours le message suivant d'un lecteur :
"Cher Monsieur,
Nous avons eu, hier, avec quelques amis, une discussion vive sur ce qu'est le management.
L'origine du désaccord réside dans le fait que certains pensaient qu'un manager ne peut pas changer de secteur d'activité.
Un manager performant dans le domaine de la mode, ne peut pas endosser les mêmes responsabilités dans le domaine médical ou industriel car il ne connait pas son environnement. Un recruteur ne perdrait pas de temps à chercher un bon profil, il privilégierait plutôt le candidat qui connait le mieux le marché : clients, produits, ....
Je maintenais le contraire, un mng peut très bien réussir dans un autre domaine d'activité pourvu qu'il ait acquis les compétences managériales dans son cursus.
C'est même pour moi une preuve d'adaptabilité.
Qu'en pensez-vous ?"
Le débat est ouvert... Mon avis est que le management est en soi un métier. Il s'apprend, il se vit, il s'améliore avec l'expérience. Un métier où l'écoute et l'empathie demeurent les qualités premières. La compréhension intellectuelle des enjeux est certes essentielle, mais j'ai la conviction qu'un manager centré sur le développement des capacités créatrices et la motivation de ses collaborateurs, peut transiter d'un monde à un autre. Dans chaque secteur, il y a un vocabulaire technique bien entendu. Après une période d'apprentissage, un bon manager peut se l'approprier. Ensuite, sa sagacité le porte à détecter les composantes humaines susceptibles de rendre performante son équipe. Et là, point de technique.
A titre personnel, je me souviens avoir été managé par un incompétent notoire de mon domaine d'intervention. Ce fut mon meilleur allié professionnel : confiant pour me donner les responsabilités d'un projet à fort enjeu, attentif à m'ouvrir les portes qui m'étaient nécessaires pour en surmonter les défis, présent quand il le fallait dans les combats ou réunions politiques, astucieux pour me proposer des pistes de réflexion tactique ou stratégique, habile pour me ramener dans le chemin quand je m'engageais sur des pentes abruptes, compréhensif quand la marmite bouillonnait trop fort, reconnaissant quand le projet arriva à son terme avec succès.
La compétence technique est-elle donc une qualité nécessaire pour réussir dans le management, ou peut-elle parfois constituer un frein à l'épanouissement des collaborateurs ? Je suis manager pour montrer que je sais ou pour encourager les compétences et développer la motivation ? Ces compétences sont-elles les mêmes ?
Malheureusement, comme le dit le message ci-dessus, beaucoup de recruteurs considèrent en priorité la dimension technique, la compréhension du marché, pour embaucher des managers. N'est-ce pas une étroitesse de vue qui limite le champ de créativité des entreprises...
"Cher Monsieur,
Nous avons eu, hier, avec quelques amis, une discussion vive sur ce qu'est le management.
L'origine du désaccord réside dans le fait que certains pensaient qu'un manager ne peut pas changer de secteur d'activité.
Un manager performant dans le domaine de la mode, ne peut pas endosser les mêmes responsabilités dans le domaine médical ou industriel car il ne connait pas son environnement. Un recruteur ne perdrait pas de temps à chercher un bon profil, il privilégierait plutôt le candidat qui connait le mieux le marché : clients, produits, ....
Je maintenais le contraire, un mng peut très bien réussir dans un autre domaine d'activité pourvu qu'il ait acquis les compétences managériales dans son cursus.
C'est même pour moi une preuve d'adaptabilité.
Qu'en pensez-vous ?"
Le débat est ouvert... Mon avis est que le management est en soi un métier. Il s'apprend, il se vit, il s'améliore avec l'expérience. Un métier où l'écoute et l'empathie demeurent les qualités premières. La compréhension intellectuelle des enjeux est certes essentielle, mais j'ai la conviction qu'un manager centré sur le développement des capacités créatrices et la motivation de ses collaborateurs, peut transiter d'un monde à un autre. Dans chaque secteur, il y a un vocabulaire technique bien entendu. Après une période d'apprentissage, un bon manager peut se l'approprier. Ensuite, sa sagacité le porte à détecter les composantes humaines susceptibles de rendre performante son équipe. Et là, point de technique.
A titre personnel, je me souviens avoir été managé par un incompétent notoire de mon domaine d'intervention. Ce fut mon meilleur allié professionnel : confiant pour me donner les responsabilités d'un projet à fort enjeu, attentif à m'ouvrir les portes qui m'étaient nécessaires pour en surmonter les défis, présent quand il le fallait dans les combats ou réunions politiques, astucieux pour me proposer des pistes de réflexion tactique ou stratégique, habile pour me ramener dans le chemin quand je m'engageais sur des pentes abruptes, compréhensif quand la marmite bouillonnait trop fort, reconnaissant quand le projet arriva à son terme avec succès.
La compétence technique est-elle donc une qualité nécessaire pour réussir dans le management, ou peut-elle parfois constituer un frein à l'épanouissement des collaborateurs ? Je suis manager pour montrer que je sais ou pour encourager les compétences et développer la motivation ? Ces compétences sont-elles les mêmes ?
Malheureusement, comme le dit le message ci-dessus, beaucoup de recruteurs considèrent en priorité la dimension technique, la compréhension du marché, pour embaucher des managers. N'est-ce pas une étroitesse de vue qui limite le champ de créativité des entreprises...
Mar 13 mai 2008
6 commentaires
La crédibilité passe souvent par la bonne connaissance de la profession. C'est peut-être surestimer les personnes "managées" que de penser qu'elles vont être compréhensives concernant les lacunes techniques du manager au profit de ses capacités managériales.
Philippe K - le 15/05/2008 à 10h08
Bonjour,
J'ai manager dans le domaine de l'édition où les personnes que je gérais étaient passionner et totalement en osmose avec l'activité de la société.
Je manage aujourd'hui dans le secteur public et je peux vous affirmer que ce n'est pas le même métier.
Par le passé, je gérai des personnes complétement impliquées maintenant je joue à la maîtresse d'école en rappelant régulièrement les enjeux, les délais avec un personnel beaucoup moins motivé et impliqué. Le métier n'est plus du tout le même.
J'ai manager dans le domaine de l'édition où les personnes que je gérais étaient passionner et totalement en osmose avec l'activité de la société.
Je manage aujourd'hui dans le secteur public et je peux vous affirmer que ce n'est pas le même métier.
Par le passé, je gérai des personnes complétement impliquées maintenant je joue à la maîtresse d'école en rappelant régulièrement les enjeux, les délais avec un personnel beaucoup moins motivé et impliqué. Le métier n'est plus du tout le même.
sarah - le 18/05/2008 à 17h53
La difficulté principale réside dans le maintien de la vision du management taylorien, hiérarchique : il a été adapté, certes pour les entreprises du XXème, et pour leurs fonctionnements mais se trouve aujourd'hui complètement en décalage avec la mutation en marche des organisations.L'aspect technique était donc important pour reconnaître la compétence du manager.
Désormais, le manager change de métier : son objectif principal est de libérer la capacité d'innovation, la responsabilisation et l'implication de ses collaborateurs. La hiérarchie n'a plus aucun sens; les travailleurs du savoir détenant l'essentiel de l'entreprise.
L'expertise du manager, assurant sa crédibilité technique, viendra de sa capacité d'intégration dans son équipe plus que de ses connaissances.
C'est par la remise en cause permanente du savoir-être que l'on cultive ses savoirs et ses savoirs-faire. Et non l'inverse...
Désormais, le manager change de métier : son objectif principal est de libérer la capacité d'innovation, la responsabilisation et l'implication de ses collaborateurs. La hiérarchie n'a plus aucun sens; les travailleurs du savoir détenant l'essentiel de l'entreprise.
L'expertise du manager, assurant sa crédibilité technique, viendra de sa capacité d'intégration dans son équipe plus que de ses connaissances.
C'est par la remise en cause permanente du savoir-être que l'on cultive ses savoirs et ses savoirs-faire. Et non l'inverse...
Lodicee - le 18/05/2008 à 18h23
Oui, on peut être un bon 'manager' et changer de secteur. J'ai mis manager entre guillemets car je pense que c'est le rôle de mgr qui est voué à disparaître. 'Manager', c'est gèrer le quotidien, hiérarchique, local. Or, dans les entreprises, de plus en plus c'est de LEADERS qu'on a besoin; ils ne gèrent pas le quotidien, mais travaillent sur l'avenir, ils inspirent tous ceux dont ils ont besoin pour le objectifs; la hiérarchie n'a plus d'importance. De plus ils influent sur des collaborateurs qui travaillent parfois à l'autre bout de la planète. Ce leader préfère une approcheen mode coaching de ses employées.
Dans l'économie de l'information et de l'innovation, les collaborateurs sont par définition mieux à même de prendre les décisions, c'est eux qui ont l'expertise.
Dans l'économie de l'information et de l'innovation, les collaborateurs sont par définition mieux à même de prendre les décisions, c'est eux qui ont l'expertise.
David - le 21/05/2008 à 08h12
Il existe même des gens très compétents techniquement et complètement nuls en management. Si si, ça existe ! C'est pas une blague.
nicorazon - le 23/05/2008 à 10h14
Bonjour,
Si manager est un métier, connaître le secteur d'activité est un facilitateur indispensable pour asseoir sa légitimité. Ne serait-ce même que pour comprendre tous les enjeux du travail des collaborateurs.
http://www.managementetmoi.blogspot.com/
Si manager est un métier, connaître le secteur d'activité est un facilitateur indispensable pour asseoir sa légitimité. Ne serait-ce même que pour comprendre tous les enjeux du travail des collaborateurs.
http://www.managementetmoi.blogspot.com/
Monsieur J - le 23/05/2008 à 10h43