Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 septembre 2006 6 09 /09 /septembre /2006 19:24
Programme et parterre alléchants ce vendredi au forum des entrepreneurs à Euromed, école de management à Marseille. Un titre « faut-il repenser la croissance », des intervenants de qualité, un millier de participants, chefs d’entreprise de la région. J’ai envie de partager avec vous quelques impressions, des réflexions, quelques éléments que j’ai aimés et d’autres qui m’ont déçus ou laissés sur ma faim…
 
J’ai bien aimé…

Ce commentaire d’un anonyme, ancien élève de l’école, participant depuis 15 ans aux divers forums, et qui a fait remarquer que les sujets traités dans ce type de manifestation évoluaient très significativement. On était dans l’atelier « le siècle de la peur a-t-il commencé ? », loin des sujets « business traditionnel » où l’on tente d’expliquer les dernières trouvailles marketing pour écrabouiller son concurrent, ou les exploits financiers de quelques brillantes multinationales.

 
J’ai bien aimé…

Ce clin d’œil de Jacques Salomé, célèbre psychosociologue, nous rappelant que derrière chaque peur, il y a un désir. « J’ai peur de perdre mon emploi... j’ai envie de travailler », « j’ai peur que tu me quittes... je veux qu’on reste ensemble », « j’ai peur de mourir... j’ai envie de vivre ! »

 
J’ai bien aimé…

Le commentaire insistant de Jacques Perrin, commissaire divisionnaire, exhortant les chefs d’entreprise à se rapprocher de l’école, à s’investir dans leurs quartiers. « Combien gagne à votre avis un gamin de 12 ans, qui fait le gué dans une cité pour protéger des plus grands en train de fomenter un mauvais coup ? 100 € par jour ! Pourquoi voulez-vous qu’il aille à l’école ? »

 
Je n’ai pas aimé…

Mon incapacité à oser faire ce que ma conscience me soufflait. Claude Nahon, responsable du développement durable d’EDF, après des élucubrations tortueuses, s’étonna que la lumière de la salle fût allumée à 10h du matin, un jour de grand soleil marseillais. Je me suis dit : « lève-toi, va éteindre, c’est un geste important, maintenant ». Je n’y suis pas allé, le dégât a suivi… Un petit malin dans la salle a interpellé Madame Nahon « allez donc l’éteindre », ce qu’elle a fait, en se justifiant qu’elle ne craignait pas de le faire, etc, etc… Or, j’appelle cela un petit dégât car on a encore renvoyé vers le responsable « officiel », celui qui est sur les planches, la responsabilité d’agir. Pourtant ne devons-nous pas tous nous mobiliser, réveiller nos consciences…

 
J’ai bien aimé…

Walter Baets, directeur de programmes à Euromed, demandant aux chefs d’entreprise de réfléchir, ce week-end, au véritable objectif de leur boite, et s’il n’avait pas de réponse lundi matin, de lancer un programme collectif de travail à ce sujet. Avec humour, il a balayé tout objectif qui se résumerait à « faire de l’argent ». Les temps changent dans les écoles de commerce…

 
J’ai bien aimé…

Les anecdotes sucrées d’Eric Julien, géographe. Il guide un Indien d’une tribu Sud-américaine dans un voyage en France. L’Indien, habitué à ce que les trous faits dans la terre aient un sens symbolique, interroge Eric Julien sur le sens du tunnel qu’ils traversent en voiture. Celui-ci lui répond que le tunnel permet d’aller plus vite, de contourner la montagne. Et l’Indien de s’étonner : « jusqu’où voulez-vous aller plus vite ? »

 
Je n’ai pas aimé…

Le « credo in unum croissance » du discours de Laurence Parisot, Présidente du Medef. J’ai été déçu par son discours, déçu par son attaque frontale contre Bruno Juillard, Président du syndicat UNEF.

 

Arrêtons-nous quelques instants sur l’incident. J’avais trouvé Bruno Juillard maladroit, voire à coté de la plaque lors de la bataille du CPE. Je l’ai trouvé bien meilleur hier. D’abord, il a reconnu que pour lui, 3 mois de lutte, la rue, les excès, pour arriver au retrait de la loi, était une forme « d’échec » - échec de la communication j’imagine. Je trouve cela courageux de sa part de reconnaître cela, alors qu’il est sorti « vainqueur » contre le gouvernement. Pas un mince exploit. Et puis lors du débat, il dit quelque chose comme : « les jeunes voient les entreprises comme des lieux hostiles ».

 

Plus tard, arrive sur scène Laurence Parisot pour conclure les débats. Elle sert la main de Bruno Juillard, annonce au micro que cette poignée de main est une première, et qu’elle est ouverte au dialogue. Bien.

 

Et elle enchaine tout de go (devant 900 personnes) : « Monsieur Juillard, cessez de dire que les entreprise sont des lieux hostiles. »

 

Et bien, je trouve ce propos catastrophique. Pour ouvrir la communication, Laurence Parisot commence par une agression verbale directe. Les jeunes ont peur des entreprises dit-il ? Est-ce en l’agressant que cette peur va diminuer – rappelons-nous le propos de Jacques Salomé, « derrière la peur, il y a un désir ». N’était-il pas possible de dire simplement : « Monsieur Juillard, je vous entends dire que les entreprises sont des lieux hostiles pour les jeunes, ou du moins que les jeunes pensent cela. En tant que représentante des chefs d’entreprise, je suis blessée d’entendre ces mots car nous faisons des efforts, blablabla…, et j’aimerais que nous travaillons ensemble sur ce piteux symptôme, blablabla… »

C’est la même chose, voire c’est de la langue de bois, dirons certains. Et bien non. Dans le premier cas, le propos est agressif, c'est un ordre « cessez ! ». Dans le deuxième cas et s’il est fait avec sincérité, « je suis blessée (ou touchée ou déçue…) » est une forme qui engage l’autre à débattre ouvertement pour chercher un rapprochement – s’il est de bonne volonté. Ce n’est pas un détail, c’est essentiel pour instaurer une vraie négociation.

 

D’ailleurs, le résultat ne s’est pas fait attendre. Laurence Parisot a fait son speech, que j’ai trouvé peu convaincant et très « pensée unique, credo in unum croissance ». Bruno Juillard a repris le micro pour dire qu’il ne trouvait rien dans le discours de nature à rapprocher les jeunes de ce monde-là. Laurence Parisot a répliqué qu’elle parlait à des chefs d’entreprise ! Sans commentaires.

 
Je suis dubitatif…

Le show de 2 heures d’Alexandre Adler était magistral. Quelle fresque ! « Le monde en 2020 ». Pari impossible, pari fou… Un kaléidoscope de tous les continents avec force références, prospectives audacieuses, équilibres redessinés. Pourtant, je suis dubitatif. L’essentiel du discours ne résidait-il pas dans le prolongement des 10 minutes de précautions oratoires de l'introduction. Quoi… Ne pouvant pas prévoir les catastrophes, on a eu droit aux extrapolations d’un virtuose : voilà ou mènent les tendances des courbes politiques et économiques, toutes choses étant égales par ailleurs.

 

Tout cela de mon point de vue occultait le fond du débat « faut-il repenser la croissance ? » On sait maintenant avec certitude que la Planète ne pourra pas supporter longtemps le modèle de croissance tel que nous l’avons préparé pour nos enfants. Et les dangers, semblent-ils, sont à portée de nos propres vies, ou de celle de la génération qui arrive. Alors magnifique kaléidoscope, virtuosité, mais peut-être gigantesque mirage.

 
J’ai bien aimé…

L’énergie, l’humour et la jeune pêche oratoire de Daniel Cohn Bendit. Quand il assène : « ne peut-on fermement demander aux Chinois qui préparent les Jeux, de respecter les valeurs olympiques pour leurs ouvriers qui construisent les stades ? », c’est une manière de réveiller les consciences des chefs d’entreprise, prosternés devant le « Dieu marché ».

Et d'ajouter quelque chose comme : « on utilise la croissance du PIB comme seul indicateur ? Mais à quelle croissance sommes-nous attachés ? A la croissance du CO2 dans l'atmosphère ? A la croissance du terrorisme dans le monde ? ... Ne faut-il pas créer d'autres formes de référentiels de croissance ? »

 
J’ai bien aimé…

Stéphan Brousse, Président de L’UPE 13, quand il dit que « nous sommes devenus riches, il va nous falloir apprendre à partager ».

 
Je n’ai pas aimé…

L’animateur du débat de l’après-midi à la provocation facile, et qui, silencieusement, les sourcils plissés, a pris l’air narquois lorsque Jacques Salomé ramenait le sujet de la croissance vers une réflexion sur le développement personnel. Le bonheur n’est semble-t-il toujours pas à l’agenda de ceux pour qui la quête de l’ego est celle du graal. Dommage :-(.

 
J’ai bien aimé…

La discussion du déjeuner avec plusieurs congressistes. Nous avons prolongé l’idée d’Alexandre Adler du matin. La France, en panne d’initiative en Europe pour cause de référendum à reculons, ne devrait-elle pas repartir en audace avec quelques-uns ? Partager la puissance nucléaire avec un club de 5 ou 6 – Allemagne, Benelux, Italie par exemple – et faire souffler un renouveau venu des fondateurs de l’Europe.

 

Je me suis alors enflammé pour contrer les propos encore désolés sur notre Europe : « on est en panne, on est en retard, etc… ». Ralbol ! Ce n’est pas vrai. L’Europe est un phare du monde. Jamais dans l’histoire, autant de peuples n’ont tenté, autrement que par la guerre ou les alliances douteuses, d’unir leurs forces. Que se passait-il en Europe il y a 60 ans ? Faut-il encore le rappeler ? Il y a 15 ans pour exporter des cartes à puce Italie, il me fallait des licences d’importations italiennes, des licences d’exportation françaises, des procédures administratives ridicules. Faut-il faire en permanence un inventaire à la Prévert des progrès accomplis, ou continuer de se saoûler de lamentations ?

 

Bien sur, il est difficile de négocier à 25, bien sur, il y a trop de complexité, bien sur, il faut réinventer, et encore réinventer. Cette constitution ratée, c’est un coup d’arrêt, ok. Mais c’est un détail à l’échelle de l’histoire. De quoi parlerons-nous dans 500 ans ? De l’incroyable tentative, à la sortie d’un génocide sans précédent, qu’ont lancé les anciens ennemis pour construire ensemble un espace de paix, de prospérité, de progrès social. Parlera-t-on beaucoup des myriades de tergiversations, nécessaires à la construction. Alors foin des tiédeurs.

 

Je comprends ou interprète ainsi l’idée d’Adler : relancer des initiatives « régionales », de nature à bousculer le machin. Qui, de tous les pays européens, est le mieux placé pour s’approprier l’audace ? N’est-ce pas aussi un peu notre responsabilité après le fiasco du référendum ?

 
J’ai bien aimé…

Même s’il a peu parlé dans ce concert bruyant d’idées, Jacques Salomé a souligné que le seul antidote à la violence est la communication. Rafraichissant.

 

Reste sans doute à toujours mieux apprendre à communiquer, à rester vigilant sur les signaux que nous envoyons consciemment ou non. Finalement, Laurence Parisot a peut-être réagi avec ses propres peurs… et désire profondément avancer vers Bruno Juillard...

 

Au fait, mon boulot à remettre ce lundi à Walter Baets ?

 

Il m'est apparu avant la fin de l’atelier sur la peur. J’hésite presque à le dire. L’objectif de ma boite, sa mission plutôt, je crois bien que c’est « éveiller ou réveiller les consciences ». Suis-je trop ambitieux ?


Partager cet article

Repost 0
Published by Laurent de Rauglaudre - dans Débats
commenter cet article

commentaires

Nicorazon 10/11/2006 12:20

Passionnante expérience !Quelques commentaires à tes commentaires :- Alexandre Adler, que j'entends presque tous les matins sur France Culture, me déçoit de plus en plus. Il est passé de l'analyste pertinent des mouvements du Monde à un aristocratisme (au sens grec) pour qui il importe de faire confiance aux puissants qui sont, à ses yeux, les plus compétents. Sa chère épouse Laure Adler, ayant été ancienne directrice de France Culture (et coupable d'avoir viré le philosophe Miguel Benasayag de FC, parce que ses idées ne lui plaisaient pas : moi, en tout cas, cela ne m'a pas plu !!!),  on voit comment il lui devient difficile d'écouter ceux qui ne sont pas de son bord, puisque tous les deux sont passés du côté des puissants. Mais il est possible qu'il ne soit pas réellement celui qu'il est en train de devenir ! France Culture a vocation d'être ouverte à (presque) tous les courants- Derrière la peur, il y a un désir, dit Jacques Salomé. Encore faut-il rappeler qu'il peut y avoir une "bonne peur" et une "mauvaise peur" : la bonne, c'est celle qui met en action ou en réflexion celui ou celle qui en est victime. C'est l'argument premier de Hans Jonas dans le Principe Responsabilité. En effet, elle éveille le désir. La mauvaise, c'est celle qui conduit sur le repli sur soi... (Le Pen, les intégristes etc.). Il y a donc un discernement à faire sur cette "peur"...- Quant à l'attitude de Madame Parisot, elle appartient à ce jeu de miroirs qui consiste à effacer sur la vitre tout ce qui peut empêcher de se mirer... Bruno Julliard semble en avoir fait les frais...Malheureusement, le pouvoir corrompt ou du moins déforme le réel. Il y a une parole d'une vieille collection de livres poussiéreux qui s'appellent les "évangiles" et qui explique que le pouvoir est un service. Et ceux, qui connaissent la dialectique du maître et de l'esclave, savent que le temps finit toujours par donner raison à l'esclave quand il sait transformer sa peur en culture...

Cadeau de bienvenue

Inscrivez-vous à la newsletter et recevez gratuitement :

7 clés pour devenir un super manager




Vos adresse mail reste confidentielle. Je ne la donne pas, je ne la vends pas.
J'envoie un à deux courriels par mois aux personnes inscrites.

Recherche

Bienvenue...

laurent---photo-blog.jpg

Déjà 500 000 visites

Des centaines d'articles publiés

Depuis 2004, je partage des expériences, anecdotes, outils de management : optimiser son temps, manager son équipe, manager son chef, diriger un projet, travailler en intelligence collective. Je propose une démarche inspirée de la vie professionnelle et de la vie au sens large. J'espère que vous y trouvez de l'inspiration pour devenir le manager que vous rêvez d'avoir. Bonnes lectures...

Suivez-moi

Articles populaires :

Un comité de pilotage, pour quoi faire ?

Avoir le temps, prendre le temps

Traduction d'une conférence de Steve Jobs

Du bon usage de la copie cachée

L'objet du mail, une accroche publicitaire

Motiver et construire un vrai planning

La proactivité, c'est bien peu de choses