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Laurent
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Lundi 27 mars 2006
N-iéme drame de la négociation en France, le CPE tourne au vinaigre. Mais quoi ? Que peut-on espérer si on ne consulte pas préalablement ? Tout se passe comme si le bon peuple demeurait idiot. Ne pas consulter fait perdre une double opportunité : celle d'impliquer en recueillant de bonnes idées inattendues, mais aussi celle de faire passer un message. Le CPE est sorti, la plupart des mesures qui l'accompagnent ne sont pas connues, puisque les relais possibles dans l'opinion n'ont pas été activés.

Principe simple : je vous écoute donc je vous implique. A l'heure d'une démocratie qui reste à faire grandir,  je pense qu'il est fort maladroit de gouverner sans consulter, d'autant que la contestation s'amplifie de manière grégaire. N'ai-je pas moi-même réalisé un jour, dans un cortège à Paris au début des années 80, que je ne savais dans le fond rien de la loi contre laquelle je manifestais. Je ne l'ai jamais lue...

N'allez pas croire que j'ai un avis définitif concernant le CPE. Je suis pour essayer. Que ne se donne-t- on pas le doit d'essayer dans notre pays. Droit d'essayer et donc droit à l'erreur, droit de corriger sa copie, droit d'amender en concertation. L'argument "pas le temps" est irrecevable... pas plus pour la consultation préalable que pour la phase d'expérimentation. A part les échéances du calendrier électoral, qui déforme sans doute les motivations, personne ne peut croire que le problème du chômage va se résoudre par un coup de baguette magique et en un temps record.

Lors du débat à la télé l'autre jour, un jeune homme interpellait an chef d 'entreprise en disant : si en plus il faut qu'on s'occupe de la psychologie des patrons? Personne n'a relevé. Si le mot psychologie est tabou dans l'entreprise, utilisons motivation, implication, levée d'obstacles, etc.  Dans tout projet, il me parait essentiel pour le succès d'impliquer tous les protagonistes en amont et de faire des tentatives, des opérations pilotes, de se donner le droit à l'erreur.

Droit et même devoir, devoir de consulter devoir d'essayer...
par Laurent de Rauglaudre publié dans : Débats
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Commentaires

Essayer le CPE? Il suffit de regarder les résultats de 6 mois de CNE pour se rendre compte que ça n'a pas marché. 350 000 CNE signés en 6 mois, queque chose comme 10 000 emplois nouveaux crées (je cite de tête, c'est peut-être un peu plus), le reste, 340 000, des subsistutions aux CDD et CDI... Ce sont les chiffres officiles de l'INSEE. Le résultat: pas vraiment le raz de marée d'emplois annocé, mais plus de précarité pour ceux qui auraient pu espérer un CDI. Et ce n'est pas mieux pour les CDD, c'est mon contrat de travail actuellement, je le préfère au CNE, au moins je sais quand il va se terminer, je peux anticiper sur l'avenir.
commentaire n° : 1 posté par : GG13 le: 29/03/2006 10:51:04

Cher GG13,


Nous pouvons débattre à l'infini des bienfaits de telle ou telle mesure. Nous avons tous des arguments personnels forts. En ce qui me concerne par exemple, j'ai créé une entreprise il y a 1 an, à l'age de 44 ans. J'ai gagné en 2005 environ 7 fois moins que lors de mon ancien emploi salarié.


S'agit-il de précarité ? Oui et non. Oui car monter une entreprise, chercher des clients, développer son business prend du temps, demande des prises de risques, des nuits de doute. Et non, car c'est un choix d'entrer dans le "dur" de la vie. Sans garantie de succès bien sur, mais avec l'espoir de conquérir un veritable affranchissement, une authentique indépendance. La vie est une lutte.


Croire que l'état doit assurer la sécurité pour toujours des emplois est un leurre. Et quitte à choquer, je pense même que l'excès de sécurité pousse à l'immobilisme... Je pense qu'on se réalise dans la création, la lutte, la prise de risques.


Je suis pourtant lucide. Tout le monde n'a pas les mêmes arguments pour lutter dans la vie. Certains sont mieux  "armés" que d'autres. Mais la sécurité est une illusion. Il suffit de regarder l'histoire des peuples, des civilisations qui ont disparu alors qu'elles étaient florissantes. Je suis fermement attaché à la solidarité, l'équité, mais pour le regard bien droit dans les yeux de la réalité.


Je ne sais pas quelles sont les meilleures mesures à prendre (CNE, CPE, etc...). Ce que je défends, c'est d'une part le devoir de débattre et négocier en amont avec tous les partenaires, d'autre part le devoir d'essayer, de mesurer les conséquences, d'amender, d'améliorer les mesures.


Cordialement,


Laurent

commentaire n° : 2 posté par : Laurent de Rauglaudre (site web) le: 29/03/2006 11:54:26
test
réponse de : Laurent de Rauglaudre (site web) le: 29/03/2006 14:15:33

La précarité, ce n'est pas de se faire licencier du jour au lendemain sans motif, c'est de ne pas retrouver de travail dans un délai raisonnable (2 à 3 mois). Je suis pour le CPE et le CNE s'il y avait une garantie que le taux de chômage baisse à 5%. Pour cela il faut d'autres mesures: baisser les charges sur les entreprises, relancer la consomation en augmentant les salaires. Le gouvernement cherche à imiter le modèle anglo-saxon mais à moité. Et sans concertation, ce qui est une erreur monumentale en France.


Le CNE crée des effets pervers: une collègue de bureau me racontait qu'une de ses amies a étée embauchée en CNE. Un lois plus tard elle passe la visite médicale et déclare des problèmes au dos, ce qui est consigné dans son dossier médical. Une semaine plus tard elle est licenciée sans motif. Il y a-t-il un lien de cause à effet? Elle ne le saura jamais. C'est frustrant et injuste.


Je ne souhaite pas à une femme de tomber enceinte pendant son CNE, à n'importe qui d'avoir des problèmes de santé ou psychologiques, de commettre la moindre erreur dans son travail.


Je ne suis pas pour la sécurité de l'emploi, sinon je serai fonctionnaire. Je suis même contre le système d'indemnisation du chômage sans aucun contrôle, c'est un vrai scandale.


Mais faire croire au gens que leur avenir est dans encore plus de précarité, c'est vraiment les prendre pour des idiots.


 


Jerome.

commentaire n° : 3 posté par : GG13 le: 29/03/2006 12:20:20
Cher Jérome,

Bien d'accord. Parmi les aménagements qui me paraissent nécessaires (CNE ou CPE), il me parait indispensable d'expliquer au salarié pourquoi on met fin au contrat. Licencier une femme parce qu'elle est enceinte est scandaleux et devrait être pénalement condamné.
Le rôle du management, et j'essaie d'en expliquer ma vision tout au long de mon blog, est d'assumer ses responsabilités. Un manager qui n'a pas le courage de dire à quelqu'un : "vous êtes licencié parce que etc..." doit de mon point de vue changer de boulot. Manager est passionant mais cela veut dire accepter de trancher, de choisir, de négocier... Pas toujours facile car il y a beaucoup d'injustices dans les entreprises, et le "middle-management" est souvent pris entre 2 feux.
Il faut du courage pour manager. Mais ce courage n'est-il pas récompensé (reconnaissance, rémunération, diversité, etc...) ?

Voici un bon débat :-)

Laurent
commentaire n° : 4 posté par : Laurent (site web) le: 29/03/2006 14:09:45

C'est tout le problème du CPE et du CNE: expliquer le licenciement donne la posibilité au salarié de le contester aux Prud'Hommes, on en revient à un CDI dégradé. Ne pas avoir à expliquer c'est ce qui séduit les patrons et managers. Le gouvernement a crée le salarié kleenex, sans pour autant offrir de contre-partie, bien au contraire. On ne peut pas remettre en cause 250 ans d'histoire, de luttes sociales, d'acquis, sans concertation et de manière aussi injuste pour les salariés. Tout est à revoir dans le système français, c'est un vaste chantier qui prendra des années. Les alternances politiques n'arrangent rien, ce que fait un gouvernnement, le suivant le défait, que ce soit bon ou pas pour le pays, par idéologie électoraliste.


Sur le rôle des managers dans une entreprise: ma propre expérience montre qu'ils ont perdu tout sens de l'éthique et ne sont que le relais des décisions du top management, ne pensant qu'à sauver leur poste. Et à faire de la politique pour préserver leurs intérêts et leur carrière, sans se soucier des employés qu'ils managent. Quand à assumer des responsabilités, c'est bien le dernier de leurs soucis. Comme les politiques qui nous gouvernent...


Jerome.

commentaire n° : 5 posté par : gg13 le: 29/03/2006 15:04:55
Sur ton deuxième point, "les rôles des managers", je vois donc l'énorme opportunité professionnelle de mon métier de conseil en management. Et j'ajoute qu'il y a plus d'intention d'éthique de management  que de pratique. En effet, beaucoup de managers imitent les modèles qu'ils ont sous leurs yeux, mais dans le fond sans y adhérer. J'ai de nombreux exemples en soute à ce sujet. Le défi consiste à montrer au manager qui veut changer les choses, que les risques qu'il prend à instaurer une "éthique dans son quartier", sont moins élevés qu'il ne l'imagine. Vaste sujet de travail d'accompagnement des managers...

Sur ton premier point, j'espère que tu as tort quand tu écris : "Ne pas avoir à expliquer c'est ce qui séduit les patrons et managers". Personne ne peut connaître les véritables motivations de tous les patrons et managers...

Pour ce qui me concerne, je fais intervenir des consultants sur des projets, mais je n'ai pas de visibilité suffisante pour garantir leur avenir. Pour une toute petite boite comme la mienne (moins de 10 salariés), la flexibilité de l'emploi est une clé de la décision d'embaucher. Si cette flexibilité n'existe pas, c'est simple, je n'embauche pas, me replie sur mes seules compétences et réduit la voilure. Cela dit, ma position est claire à ce sujet avec les consultants avec qui je travaille.

Sans faire de généralisation à partir du cas particulier de "ma" TPE, on n'embauche ni ne licencie de la même manière dans une petite ou une grande boite. Je sais ce qui se passe dans la grande : on discute du nombre de licenciements au kilo. Dans une petite, on est en face de quelques êtres humains avec qui on a tissé des liens étroits - l'espace est réduit :-).

Je ne pourrai continuer ce débat aujourd'hui, je pars tout à l'heure en déplacement :-)

Cordialement,

Laurent
réponse de : Laurent de Rauglaudre (site web) le: 29/03/2006 15:23:43

Bien entendu "Ne pas avoir à expliquer c'est ce qui séduit les patrons et managers", c'était de la provocation, dans le sens où ça amène la suite du débat: la flexibilité.


"La flexibilité de l'emploi est une clé de la décision d'embaucher". Là-dessus tout le monde est d'accord. Mais pourquoi créer un nouveau contrat de travail, alors que les outils existant permettent d'embaucher de manière on ne peut plus flexible: CDD, intérim, stages. Que faut-il de plus à une entreprise? Celle pour laquelle je travaille, 15 salariés, tous en CDD, l'a bien compris. Et personne ne s'en plaint. Je connais autour de moi plusieurs personnes qui sont en CDD depuis plus de 5 ans et s'en satisfont pleinement. C'est quand même très souple pour une entreprise qui n'a pas de vision à long terme: si l'activité diminue, elle ne renouvelle pas les CDD. Pas besoin de licencier ou de se justifier auprès du salarié.


Il suffirait en fait de quelques aménagement au CDD actuel pour en faire un contrat de travail idéal: ne plus avoir cette limite de 18 mois et de renouvellement une seule fois. Pas besoin de CNE. L'idée derrière le CNE c'est de conserver le CDI en pensant qu'il est indispensable pour les alariés qui s'y accrochent comme à une bouée de sauvetage. Or un CDI n'a jamais protégé personne d'un licienciement. Il le rend un peu plus compliqué et coûteux pour l'employeur. Il ne peut donc satisfaire ni les uns ni les autres.


Jerome.

commentaire n° : 6 posté par : GG13 le: 29/03/2006 16:08:31

Dernier commentaire avant de partir... je trouve ta proposition sur l'élargissement du périmêtre du CDD très intéressante. C'est certainement une piste à exploiter. Et elle pourrait tout à fait alors se substituer au CPE.


Le CDD correspond à une notion de "projet" proche de la réalité d'entreprise.


A plus tard :-)


Laurent

commentaire n° : 7 posté par : Laurent (site web) le: 29/03/2006 16:30:19

Quels autres arguments les employeurs mettent-ils en avant pour ne pas embaucher, en dehors d'un soi-disant manque de flexibilité?


Mon impression c'est qu'ils ont tout simplement peur d'embaucher. Peur de tomber sur un salarié pas suffisament compétent ou formé, pas honnete, qui est tout le temps absent. Le licencier c'est avoir perdu du temps et de l'argent, avoir investi pour rien et repartir de zéro. De ce point de vue on peut parler d'immobilisme et de non prise de risque par défaut. Tout comme les propriétaires préfèrent laisser un logement vide plusieurs mois le temps de trouver un locataire "solvable" avec de solides garanties. Les entreprises ont développé un reflexe similaire: elles n'embauchent plus que par réseaux interposés et ne publient une annonce que lorsqu'elles n'ont pas le choix, pour des postes très qualifiées ou parce qu'elles n'ont pas trouvé dans leur réseau. Le marché de l'emploi est devenu confidentiel et celui qui n'a pas de réseau ne s'en sort pas. Sans parler des ANPE qui ne servent à rien (c'est du vécu).


On a tord de refuser les "plombiers polonais". Les ouvriers agricoles marrocains, les concierges portugais, les maçons turcs, les éboueurs africains, ça arrange tout le monde. Il y a 500 000 postes à pourvoir dans le batiment qui ne trouvent pas preuneur. Si ça n'iteresse pas le français, autant en faire profiter les autres. Leur niveau de vie augmentera et ils viendront en France investir et passer leur vacances (donc consommer). Ils importeront nos produits, comme l'a fait l'Espagne il y a 30 ans. Et il y aura du travail pour les consultants en management! :)


 


Jerome.

commentaire n° : 8 posté par : GG13 le: 29/03/2006 16:58:52

Article à lire paru dans Le Monde sur ce sujet:


http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-756204@51-749452,0.html


 


Jerome.

commentaire n° : 9 posté par : GG13 le: 30/03/2006 16:32:16

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