Conseil en management

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Laurent
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Vendredi 3 février 2006
- Pour votre augmentation, allez voir la DRH;
- L'équipe juridique m'interdit de signer ce contrat;
- Ce sont les achats qui décident des prix;
- L'informatique nous impose ce système;
- Mon chef ne m'a pas donné l'autorisation;
- La finance ne m'a pas accordé le budget.

Les enquêtes signalent le triste moral des managers, leur stress, leur baisse de motivation. On se demande si le système qui est mis autour d’eux soit-disant pour les aider, n’est pas en train de les écrabouiller… Il semble que les services fonctionnels aient pris le pouvoir. Le manager opérationnel devient-il un relais de procédures ? Si tel est le cas, je conseille de tous les virer et de les remplacer par des machines automatiques : c’est moins cher, et ça ne discute pas.

 

Plus sérieusement, je suis inquiet de voir depuis plusieurs années les degrés de liberté des managers se réduire à peau de chagrin. Pourtant… pourtant le rôle du manager n’est-il pas de prendre des risques, et de négocier en permanence en fonction des spécificités des projets ou des engagements client qu’il doit tenir ? Sans prise de risque, l’entreprise ne risque-t-elle pas de mourir ! Et si le manager s’en tient aux décisions de procédures, tout son rôle lui échappe.

--> C’est au manager de décider des embauches et de négocier les salaires…

--> C’est au manager de clore le contrat en passant au dessus des dernières zones d’ombre juridique (aucun contrat n’est jamais parfait)…

--> C’est au manager de sélectionner les fournisseurs qui lui paraissent les plus efficaces pour son projet, et de négocier les conditions de succès…

--> C’est au manager de spécifier le choix des outils qui vont rendre son équipe plus performante…

--> C’est au manager de proposer 3 options à son management avec les arguments pour et contre, et sa préférence…

--> C’est au manager de négocier fermement le budget adéquat pour remplir les exigences de son projet…

Les départements fonctionnels sont là pour apporter support, conseil, ressources, analyses globales, recul, outils, et pas pour faire les gendarmes ou s’auto attribuer des pouvoirs qui à terme, abêtissent et déresponsabilisent le management. Ce qui veut dire que le manager doit courageusement reprendre son pouvoir.

Il me semble que ce risque « manager dépossédé » devienne de plus en plus lourd – en particulier dans les grands groupes…

Commentaires, débat ?

par Laurent de Rauglaudre publié dans : Stratégie de management
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Commentaires

bonjour laurent,


ca faisait longtemps que je n'étais pas venue mais j'apprécie toujours autant tes articles!


au sujet de celui ci:


je suis sûre que tous les grands comptes ne sont pas dans cette logique de recentralisation des pouvoirs auprès des fonctionnels mais j'admets avec toi que la tendance commence à se faire lourdement sentir!


Le plus difficile dans ces cas, c'est que reprendre le pouvoir (je dirai les pouvoirs au pluriel) passe désormais par le risque qui est celui de transgresser les règles, procédures dans des environnements de plus en plus structurés où il devient de plus en plus difficile de négocier sans apparaitre rebelle, frustré ou éternel insatisfait!


Alors "manager dépossédé" qui se veut en pleine intelligence être acteur, n'a pas peur de la confrontation positive ,diront certains ,mais se sent jugé négativement de la provoquer ?


et manager passif, peut être adapté, sachant "faire avec les contraintes" diront d'autres?:


je crois que le vrai choix et le pouvoir de décider est avant là pour chacun d'entre nous en étant conscient que dans nos contextes la bonne décision est avant celle qui me fait courir des risques que je suis prêt à accepter

commentaire n° : 1 posté par : christine (site web) le: 03/02/2006 19:57:16
Le manager est dépossédé et lorsqu'il ne l'est pas, il est surchargé (au sens d'une charge supplémentaire). Une des sources de la difficulté d'une responsabilité, c'est le fait que l'on conçoit la liberté d'agir comme une indépendance au milieu des contraintes.
Or, depuis Descartes, on sait qu'un degré supérieur de la liberté, c'est de faire retour sur soi et s'abstraire de ses présupposés,  puis découvrir et connaître (renaître avec) ses contraintes et de s'en servir pour se comprendre, décrypter son environnement et créer des outils (artificiels) pour s'alléger le travail. Ce fut la science moderne. Cette méthodologie a été reprise par la phénoménologie, et il existe des pratiques très concrètes pour s'en imprégner corporellement : la sophrologie, par exemple.
Comment appliquer cela au travail du manager ? Pas de réponse a priori. Le paradoxe est peut-être que la dépossession peut être une chance ou une pédagogie pour redéfinir le rôle et la pratique du manager. Et si on redonnait de la place à la contemplation ?

Ah : la parole du jour (entendue par un imam musulman, hier sur France Culture). "L'optimiste est celui qui fait de la crise une opportunité (une occasion). Le pessimiste est celui qui fait de l'opportunité une crise."

Nicolas
commentaire n° : 2 posté par : Nicorazon (site web) le: 04/02/2006 11:43:03
Laurent, dans ton ancienne société, entre les achats et la Finance, on a un peu l'impression de supporter les "fonctions support" et non l'inverse....
commentaire n° : 3 posté par : Renaud le: 04/02/2006 15:15:01

ok nicorazon!


oublions le pessimiste! et même l'optimiste! parlons du réaliste pragmatique et du confiant certes mais lucide et pas aveugle, avoue quand même qu'il est en proie à de vrais doutes aujourd'hui!


il a beau s'observer et observer ce qui l'entoure, il ne trouve parfois que paradoxes entre valeurs portées par des discours et des projets et des actions ou procédures quotidiennes!


on a voulu alléger le travail du manager! très bien!rien a dire sur le principe seulement qu'il a été certainement entendu!


mais de là à le désimpliquer du recrutement de ses collaborateurs directs et lui donner la mission de réussir l'intégration en se légitimant, moi je dis que c'est de la folie! et il a beau contempler dans ce cas précis, il va observer qu'on a pas bien compris ses besoins qui n'étaient pas tous exprimables, il va observer qu'il doit assumer une prise de décsion qu'il n'a pas opéré mais qu'il va devoir gérer!


fort heureusement, laurent, beaucoup de mes grands comptes décentralisent par exemple cet acte de management!


 

commentaire n° : 4 posté par : christine le: 05/02/2006 14:35:06
Merci Christine... et sympa ton site, aussi. Il est rangé dans mes "marque pages".
Bien sûr qu'il faut rester pragmatique. Je n'ai aucune expérience de manager, sauf celle, très particulière, de manager des étudiants et celui, indirect, d'avoir été un élu. Mais j'ai l'observation de longues conversations avec Laurent et avec des amis sur le sujet. Ayant été en contact étroit avec des directeurs de lycée et de collège, j'ai vu le désastre que peut-être la déresponsabilisation de ces "managers" d'un type particulier : aucun pouvoir sur le choix des profs, de la politique de leur établissement, de leurs finances, "je m'en foutisme" des rectorats et des académies etc. On retrouverait un peu la même chose du côté du monde politique et des élus (sauf dans les grandes villes), complètement dépossédés de leur pouvoir par rapport aux choix politiques, financiers etc. en raison de la pression des grandes administrations...
Le pragmatisme, s'il est nécessaire, il n'est pas suffisant. Ma position n'est pas une position sur le registre des faits, mais sur celui de la cogitation et du regard politique (au sens large). C'était une erreur de ma part de parler de "contemplation", parce que ce concept peut être lu différemment. Toutefois, ce qui est en jeu, c'est la difficulté de passer d'une vision immédiate et mécaniste des questions à traiter à une vision élargie et organique. Il faut apprendre à penser de manière complexe (voir Edgar Morin). Est-ce applicable dans le cas du manager d'entreprise ? Je ne sais pas. Le recrutement ? pouvoir sur les actionnaires ? Fournisseurs et clients ? etc. A  discuter dans chacun de ces cas.
commentaire n° : 5 posté par : Nicorazon (site web) le: 06/02/2006 07:45:40

merci nicorazon pour cet échange!


En proposant aux chefs d'entreprise et managers de devenir des philosophes en action, Gaston Berger voulait éviter comme toi que l'action ne les entraînat à s'interesser trop aux moyens et à s'enliser dans le court terme, ce qui est, c'est vrai une tentation bien fréquente comme celle d'ailleurs de confondre buts et moyens!


le sujet est ardu car il souligne aussi la question de l'éthique professionnelle et surement pour nous consultants la réflexion entre l'éthique de convictions  et l'éthique de responsabilités.


ceci dit, réalistement, nous voyons bien tous la complexité de la vie de l'entreprise qui répond à trois sollicitations différentes de 3 groupes humains, eux mêmes complexes (epargnants, clients, salariés), avec des conditionnements psychologiques, sociologiques, biologiques en interactions et, pour couronner le tout, un libre arbitre, des préoccupations éthiques et métaphysiques

commentaire n° : 6 posté par : christine le: 06/02/2006 22:45:05
Effectivement,

La complexification des organisations et les organigramme matriciels peuvent tendre à déresponsabiliser les managers mais également à conduire vers de la démotivation ...
commentaire n° : 7 posté par : christophe blazquez (site web) le: 19/02/2006 15:38:04

Bonjour Laurent,


Le manager perd certaines prerogatives, mais ce soulagement de se savoir epaule peut aussi lui faciliter l'action manageriale aupres de son entite !


Nous avons ecrit un ouvrage qui sortira en octobre sur la prise de fonction de manager, et lancons les echanges sur notre blog (cf adresse ci dessus, c'est le debut, vos idees et commentaires sont bienvenus !) qui tend a montrer que la tache est dense, lorsque l'on prend ses fonctions de manager, tout appui est alors bon a prendre !


Bravo pour ce blog, promis je reviendrai !

commentaire n° : 8 posté par : valentine Chapus-Gilbert (site web) le: 02/05/2006 14:22:36

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