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Laurent
Artisan
Consultant
Coaching en ligne
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Le nez dans les feuilles mortes, au pied d'un tilleul qu'il avait sauvé, à la main une salade à peine cueillie dans le jardin, 80 ans, il avait atteint le bout de sa ficelle. Une belle sortie en sorte pour un homme avare en mots mais pas en générosité, attaché à des plaisirs simples dont celui de cultiver son potager. Aîné de 13 enfants, l'armée de l'air, les missions en Indochine, 20 ans de cours de math aux potaches, 58 ans de mariage, père de 8 enfants, 26 petits-enfants, 5 arrière-petits-enfants, une vie bien remplie...
Ces derniers jours ont bien sur été pleins d'émotions, de tensions… La mort nous attend tous. A cet age, tout le monde l'accepte, même si on préférerait toujours retarder l'échéance.
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- les caresses sur son visage, derniers gestes de tendresse en toute simplicité et sans gravité…- les regards sans crainte des enfants, bien présents, bien vivants, aux questions directes, et qui aussi ont pu faire un deuil serein…- les larmes bien sur, sincères, plutôt discrètes et sans jérémiades…- la vision maternelle du monde "autre" – comme les poissons qui ignorent que la vie hors la mer existe…- les longues soirées de chansons, où nous avons tenté de passer en revue l'ensemble du répertoire facétieux ou romantique de celui qui a bercé de sa voix nos enfances…- la préparation du psaume, musique toute en dissonances, composée par un beau-frère et psalmodiée par 4 fils pendant la cérémonie…- la logistique pour 25 personnes quelques jours sous le même toit, assurée efficacement en coulisse par quelques-uns/unes…- les petits mots préparés, les dessins, les poèmes très sensibles écrits et lus par des gamins à l'expression limpide…- la messe, le cimetière, la réception des quelques 150 cousins/cousines ou proches amis venus apporter leur soutien de toute la France…- le petit tour intime au cimetière avec un fiston…- la famille…
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Les images sont nombreuses et fortes. Je n'ai pas d'idée précise sur ce qui se passe après le bout de la ficelle. J'ai davantage de doutes que de convictions. Mais là je suis fier de ma famille, de ma mère, qui ont permis que la mort soit vécue, regardée, évacuée, acceptée. Ces quelques jours n'ont pas été sans heurts et tensions. Ils étaient cependant tout en profondeur, l'occasion de certains rapprochements aussi. Un moment suspendu…
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Mais nous sommes immortels, nous les vivants, pour nos enfants, quelque soit le temps.
Ce n'est pas dans un autre monde qu'on trouve le sens, mais dans ce monde-ci. Et si les chrétiens faisaient réellement entendre leur vraie croyance, ils rappelleraient que le message-clé de Jésus était "le royaume est parmi vous", et non dans un ailleurs.
L'enjeu de l'existence humaine se joue ici, et s'il y a une finalité définitive à la mort et à l'aventure humaine, c'est ici et maintenant qu'il faut la chercher et pas dans un "a.
... et pas dans un "autre monde". En revanche, c'est le regard sur ce monde qui doit se métamorphoser : la vision matérialiste de l'homme n'a aucun fondement sérieux. Elle a juste servi, historiquement parlant, à se débarrasser de la vision magique (qui a encore quelques adhérents). Aujourd'hui, nous avons les moyens d'apprendre à penser la signification humaine à partir de sa globalité historique, personnelle, relationnelle, collective et cosmique.
La valeur de la mort de Jacques (mon père) se situe dans ce qu'il a enrichi l'expérience de la vie du monde... et c'est cette vie du monde, dans sa totalité et ses infinies ramifications (bonnes, mauvaises, aimantes ou froides, structurantes ou destructives parfois), que j'espère voir aboutir la signification de l'aventure de chacun d'entre nous.
Sinon, comme disait Teilhard, à quoi cela sert-il d'agir ?
Merci.
Le poisson hors de l'eau ne peut vivre dans l'air..., ça dépend, il peut d'adapter comme dans l'évolution des espèces...
Et le papillon qui sort de sa chrysalide, il laisse son enveloppe mortelle et s'envole dans un monde autre. Non ?
Mon père est mort aussi il y a deux semaines et je suis remonté à Reuilly, village Berrichon de ma mère. J'y suis allé avec ma fille de 8 ans, ma femme était bloquée par une hernie discale.
Le soir, nous avons mangé au restaurant avec tous ceux qui s'étaient déplacés et nous avons parlé et ri. Le lendemain matin, avant de nous quitter, nous avons visité le jardin qu'il a fait et évoqué son souvenir.
Au retour, ma fille et moi nous sommes arrêtés au Puy de Dôme et c'est là que je me suis senti proche de lui : non pas parce que le lieu est serein et proche du ciel mais parce que quand j'avais l'âge de ma fille, il nous a montré le Massif Central et bien d'autres régions de France, d'Allemagne, d'Autriche et d'Italie dans sa 404.
Il laisse un jardin et une méthode de flûte à bec, de nombreux souvenirs chez ses amis, mais pour moi, des choses beaucoup plus simple que je partage à mon tour avec mes enfants : des savoir-faire de base, des bons et des moins bons moments, des attitudes face à la vie et des rigolades.
Et je n'arrive toujours pas à réaliser que je ne le verrai plus.