Un beau matin, un jeune manager motivé arriva à son bureau, après avoir déposé ses enfants à l'école. Sur son bureau une note du Directeur des Ressources Humaines qui en substance
annonçait avec force: "Nous vous rappelons que tous les employés des bureaux doivent être à leur poste de travail entre 8h et 8h30. Nous vous rappelons aussi que l'assurance automobile qui couvre
vos déplacements pour venir au travail ne fonctionnera que si vous arrivez avant 8h30. Et blablabla et blablabla…"
"Hallucinant, incroyable", se dit le jeune manager.
Avant 9h30, la moitié des membres du service du jeune manager avait déboulé dans son bureau pour dire: "c'est quoi cette note, chef ? et à quelle heure est-on assuré pour rentrer chez soi le soir
(8h30 + 8h de travail + 1h30 de pause déjeuner = 18h au plus tard) ? etc…"
Le jeune manager, à la tête d'une équipe super motivée, leur dit de ne pas tenir compte de cette note ridicule, et s'en alla parler à son boss (un homme moderne, américain de surcroît, et donc ouvert à la discussion…).
L'entretien s'avéra décevant dans la forme, et rassurant sur le fond. En fait, le boss se fichait pas mal de cette note, mais tenta de la défendre avec des arguments de peu de poids, comme:
- "but, si on veut parler à un employé à 8h20 en urgence, comment peut-on faire ?"
- "if it is urgent, tous les employés dont on parle sont joignables sur leur téléphone portable. If it is not urgent, on fait comme d'habitude, on organise un entretien, on prévoit une réunion, ce qui ne se fait pas 5 minutes avant l'heure de la réunion, isn't it ? etc…"
- "we need des règles de travail en commun…"
- "les règles, ce sont les objectifs que l'on donne à nos équipes. Leur job se mesure sur l'atteinte ou non de leurs objectifs, pas sur des horaires. Aucun des membres de mon équipe ne fait les 35 heures légales, pas plus les mères de famille que les célibataires. Tous sont super motivés. Je prends le pari que si j'organise une réunion à 2h du matin – parce que c'est une nécessité vitale du projet – ils seront tous là. Bref, à l'heure de nouvelles technologies où l'on peut joindre tout le monde en permanence, si je fais appliquer cette règle, je dis en substance à mon équipe que c'est une bande d'idiots irresponsables, et ils agiront en conséquence. Je ne ferai donc pas appliquer cette règle."
Le boss, vaincu (mais intimement convaincu par avance), botta en touche. Et la note du DRH n'eut aucune conséquence… agitation stérile et contre productive !
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Pas bien dormi cette nuit, il a envie de partager
sa déception : "j'ai obtenu de supers augmentations pour mon équipe, mais je me défends mal pour mon cas personnel. En plus, l'entretien avec mon boss s'est passé dans de mauvaises
conditions. Il était dans un train, la conversation a été coupée 3 ou 4 fois. Il m'a aussi proposé de prendre de nouveaux dossiers stratégiques..."
Savinien a pointé le bout de son nez le 26 décembre 2007 à 10h36. Il a sauté la porte de sortie naturelle (ou la porte d'entrée, c'est selon), parce qu'un cordon s'était
malencontreusement entortillé autour de son cou.
Son arrivée mouvementée ne nous a pas empéché de nous
mettre rapidement au travail... Le théorème de Savinien est une co-production. Je lui en cède les droits, car, comme vous pouvez le constater, son ardeur à la démonstration est manifeste.

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